Germaine Krull. Marseille. Paris: Librairie Plon, 1935

“Ce n’est donc pas étonnant si, nourrie aux forces vives de la Mitteleuropa émergente et des espoirs de bouleversements sociaux venus de l’Est, la nouvelle photographie allemande va se tourner vers l’Ouest et le Sud, dans un légitime et traditionnel souci de rééquilibrer son regard. C’est à Marseille, à la fois porte de l’exotisme et des grands échanges internationaux, que cette tentation va se concrétiser (...) Le premier photographe allemand à travailler à Marseille sera une femme : Germaine Krull, la compagne du cinéaste et globe-trotter Joris Ivens qui, dès 1926, y séjourne au hasard d’un reportage et, face au Pont Transbordeur et aux grues géantes du nouveau port de la Joliette, ajoute quelques somptueuses images à un projet déjà affirmé qui paraîtra un an plus tard sous le titre de Métal (...) Le Pont Transbordeur et ses possibles graphiques est bien ce qui les fascine, ces hommes et ces femmes en quête d’une nouvelle grammaire visuelle. Dans ses divers voyages, Germaine Krull s’y appliquera, en recherche de cette vision moderniste où le regard bascule, où les rythmes s’imposent, vidant le paysage de toute reconnaissance immédiate.”

Alain Fleig, "Nouvelles images d'un vieux monde: Marseille d'avant-guerre et la
Nouvelle Vision allemande"
. [online]La pensée de midi, nº 9, 2002/3 (p. 146-153)